Auteures :
Josée Beaudoin, vice-présidente Innovation et transfert, CEFRIO
Chantale Mailhot, professeure agrégée, HEC Montréal

Le projet École en réseau (ÉER) est né de la volonté du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) de trouver une solution à la problématique de fermeture des petites écoles de village au Québec. Ainsi, en 2001, le MELS a sollicité le Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO) pour qu’il examine l’apport potentiel des technologies de l’information et de la communication (TIC) en solution à cette problématique.

La problématique à l’origine du projet

Le projet ÉER est né d’un besoin de repenser le modèle des écoles en village. Ces dernières, fragilisées par le déclin démographique observable dans plusieurs régions, sont souvent le lieu d’un roulement élevé de personnel – notamment en raison des classes multiâges – accentuant leur précarité. Communautés locales, chercheurs, gouvernements et commissions scolaires se sont mobilisés pour améliorer la situation.

Description du projet : expérimenter pour innover

Le projet ÉER a démarré sous la forme d’un projet pilote dirigé par un comité rassemblant une diversité d’acteurs, dont le CEFRIO et plusieurs représentants des instances gouvernementales, des commissions scolaires et de la Centrale des syndicats du Québec. Le projet visait à implanter de nouvelles pratiques pédagogiques en réseau à l’aide d’outils technologiques. Avec un passage de 3 à 23 commissions scolaires participantes, il a outrepassé la phase d’expérimentation et a donné lieu, par l’intermédiaire du CEFRIO, à un nouveau modèle collaboratif entre écoles distantes susceptible d’être pérennisé dans le système scolaire.

Facteurs favorables au processus d’innovation sociale :

L’approche du CEFRIO, qui combinait le « top-down » et le « bottom-up », a été supportée par des conditions facilitantes en cours de processus :

  • Un budget annuel pour l’implantation des différentes dimensions du projet;
  • Une reconnaissance du projet sur le plan national;
  • Du temps alloué aux différents acteurs;
  • La construction de liens de confiance, notamment entre les acteurs de la recherche et de la pratique;
  • Un très faible roulement de personnel au sein de l’équipe du projet.

Contraintes au processus d’innovation sociale :

  • La compréhension limitée qu’avaient les acteurs du projet du modèle ÉER en début de projet;
  • La culture de gestion administrative dans les commissions scolaires qui ne favorisait pas nécessairement l’innovation;
  • Le roulement de personnel élevé dans les écoles et commissions scolaires.

Le CEFRIO, les chercheurs et les directions générales des commissions scolaires ont joué un rôle clé pour faciliter le déroulement du projet à toutes les étapes. Les directions générales sont notamment devenues des porteuses de l’innovation dans leurs institutions au fil des années.

Retombées du projet et pérennité :

Les retombées sont de plusieurs ordres :

  • Pédagogiques : changement de pratiques, effets significatifs sur les apprentissages des élèves, développement professionnel des enseignants, moins d’isolement professionnel, etc.;
  • Organisationnelles : nouvelle culture de gestion en lien avec le modèle ÉÉR dans les écoles, ajustement des pratiques administratives, modèles d’affectation des enseignants, etc.;
  • Communautaires : engagement des communautés face à la petite école, soutien des parents et des autorités municipales, etc.;
  • Technologiques : premier usage à large échelle de la vidéoconférence en classe dans les écoles.;
  • Socioéconomiques : l’attractivité d’une école joue sur la décision d’une famille d’y laisser ses enfants. Bien qu’il soit difficile de mesurer les effets de la fermeture d’une école, on sait toutefois que la fermeture condamne souvent un village à se replier sur lui-même puis à décliner.